Le placenta : l’organe éphémère qui connecte deux mondes
Cette image est une illustration parfaite. C’est ce qu’on appelle souvent « l’arbre de vie », et en tant qu’IBCLC, voir un placenta complet comme celui-ci est toujours un soulagement pour le futur allaitement.
Voici ce que nous observons sur votre photo d’un point de vue clinique :
L’anatomie de la transition
• La face fœtale : Ce que vous voyez (la partie lisse et brillante) est la face qui était dirigée vers le bébé. Les vaisseaux sanguins que vous voyez irradier depuis le centre ressemblent aux branches d’un arbre ; ils convergent tous vers le cordon ombilical.
• Le cordon ombilical : C’est le tuyau de communication. Une fois coupé, le bébé doit passer d’une nutrition « passive » (via le cordon) à une nutrition « active » (via le sein).
• L’intégrité des membranes : On voit bien les bords du placenta. À la naissance, les sages-femmes vérifient minutieusement qu’il ne manque aucun morceau (cotylédon) pour éviter justement la rétention dont nous parlions.
Pourquoi cette photo est rassurante pour l’allaitement
Quand le placenta est expulsé de manière complète (comme il semble l’être ici) :
1. Le signal hormonal est net : La chute de progestérone est immédiate et totale.
2. L’utérus peut se rétracter : Cela limite la perte de sang. Une anémie sévère après l’accouchement peut aussi retarder la montée de lait, car le corps privilégie la survie de la mère avant la production de nourriture.
Le saviez-vous ?
L’insertion du cordon (ici bien au centre) est idéale. Parfois, le cordon s’insère sur le côté ou sur les membranes, ce qui nécessite une surveillance plus accrue pendant la grossesse, mais n’influence généralement pas la capacité d’allaiter une fois le bébé né.
Dans mon travail d’IBCLC, je dis souvent que l’allaitement commence bien avant la naissance. Si le sein est le système de soutien après la naissance, le placenta en est le précurseur absolu.
C’est le seul organe humain créé temporairement pour une mission précise : nourrir, protéger et orchestrer la croissance.
1. Un chef d’orchestre biologique
Le placenta n’est pas qu’un simple filtre ; c’est une véritable usine métabolique. Il assure trois fonctions vitales :
• L’échange respiratoire : Il agit comme les « poumons » du bébé, apportant l’oxygène et évacuant le dioxyde de carbone.
• La nutrition : Il puise les nutriments (glucose, acides aminés, graisses) dans le sang maternel pour les transférer au fœtus.
• La protection immunitaire : Il laisse passer les anticorps (IgG) qui protégeront le bébé durant ses premiers mois de vie.
2. Le fonctionnement : Une barrière, pas un mur
Le placenta utilise un système complexe de villosités choriales. Le sang de la mère et celui du bébé ne se mélangent jamais directement. Ils circulent dans des réseaux séparés, assez proches pour que les nutriments et l’oxygène « sautent » d’un côté à l’autre par diffusion.
Le rôle hormonal : le lien avec l’allaitement)
C’est ici que mon rôle d’IBCLC devient crucial. Le placenta sécrète des hormones massives :
• La Progestérone : Elle maintient la grossesse et empêche la montée de lait précoce en bloquant l’action de la prolactine sur les glandes mammaires.
• L’HPL (Hormone Lactogène Placentaire) : Elle prépare la structure interne des seins pour la future production de lait.
3. Le « Top départ » de la lactation
Le moment le plus critique pour l’allaitement est la délivrance (l’expulsion du placenta). Dès que le placenta quitte le corps de la mère, le taux de progestérone chute brutalement. Cette chute est le signal biologique attendu par le cerveau pour libérer la prolactine. C’est ce mécanisme précis qui déclenche la « montée de lait » (lactogenèse II) environ 30 à 72 heures après l’accouchement.
Le saviez-vous ? Si un petit morceau de placenta reste coincé dans l’utérus (rétention placentaire), la montée de lait peut être retardée ou ne pas se produire, car le corps « croit » qu’il est encore enceinte.
C’est un point crucial car c’est l’une des premières causes médicales que nous explorons en cas de lactogenèse II retardée.
Voici comment ce processus biologique fonctionne et comment il peut impacter votre démarrage :
Le mécanisme de blocage hormonal
Pendant la grossesse, le placenta agit comme un « frein » sur la production de lait. Bien que vos seins soient prêts à produire (souvent dès la 16ème semaine), la progestérone sécrétée par le placenta s’attache aux récepteurs de vos glandes mammaires et bloque l’action de la prolactine.
Ce qui se passe en cas de rétention :
1. Le signal est brouillé : Si même un minuscule fragment de membrane ou de tissu placentaire reste attaché à la paroi utérine, le corps continue de détecter un taux de progestérone trop élevé.
2. La prolactine est inhibée : Le cerveau reçoit le signal que la « grossesse n’est pas totalement terminée ». En conséquence, le signal de déclenchement de la production de lait en grande quantité ne se fait pas.
3. Conséquence sur le bébé : Le bébé peut rester au colostrum plus longtemps que prévu. S’il n’y a pas assez de transfert de lait, le bébé peut perdre trop de poids ou présenter une jaunisse plus marquée.
Les signes qui doivent alerter
Je conseille de surveiller ces symptômes si le lait ne semble pas « arriver » au 4ème jour :
• Absence de modification mammaire : Les seins ne deviennent pas plus lourds, plus chauds ou plus tendus.
• Saignements persistants ou abondants : Des lochies (pertes de sang) qui restent rouge vif et abondantes, ou qui dégagent une odeur inhabituelle.
• Crampes utérines fortes : L’utérus essaie de se contracter pour expulser ce qu’il reste, provoquant des tranchées (douleurs post-accouchement) anormalement intenses.
Que faire dans cette situation ?
Si nous suspectons une rétention placentaire, voici la marche à suivre :
1. Diagnostic médical : Une échographie pelvienne est nécessaire pour confirmer la présence de débris.
2. Intervention : Un médecin peut prescrire des médicaments pour aider l’utérus à se contracter ou pratiquer une petite intervention (curetage ou révision utérine) pour retirer les fragments.
3. Relance de la lactation : Une fois le fragment retiré, le frein hormonal est levé. La montée de lait survient généralement très rapidement après (souvent en 24h à 48h).
4. Soutien par le tire-lait : En attendant, je recommande souvent d’utiliser un tire-lait de classe hospitalière pour stimuler les récepteurs mammaires et « commander » le lait dès que la voie hormonale sera libre.
Saviez-vous que d’autres facteurs comme le diabète ou le syndrome des ovaires polykystiques (SOPK) peuvent aussi influencer ce signal hormonal ?
4. Respecter la transition : L’Heure d’Or
En tant que consultante, je recommande souvent de respecter ce passage de relais entre le placenta et le sein :
1. Le peau à peau immédiat : Il favorise la sortie du placenta grâce à l’ocytocine.
2. La première tétée : Elle aide l’utérus à se contracter pour éviter les hémorragies.
3. Le colostrum : Ce « premier lait » prend le relais des nutriments que le placenta fournissait en continu.
Conclusion
Le placenta est le premier lien d’attachement physique. En comprenant son fonctionnement, on réalise à quel point le corps est une machine incroyable, capable de passer de la nutrition intra-utérine à l’allaitement de manière fluide.
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Rédactrice :
Céline BOURGANEUF
Consultante en lactation IBCLC
Accompagnante BN, Approche Colson
celinebourganeuf.com

