La question de l’allaitement est souvent source de doutes pour les jeunes mamans. Si certaines choisissent de ne pas allaiter, d’autres rencontrent des difficultés comme une production de lait insuffisante.

Avant les galactogogues, le diagnostic s’impose

Par Céline Bourganeuf, Consultante en Lactation Certifiée IBCLC, Fondatrice de Mum Mood et Mum Care.

L’inquiétude de « ne pas avoir assez de lait » est l’une des préoccupations les plus fréquentes et anxiogènes des mères. Face à cette peur, la tentation est grande de se tourner vers une solution simple et rapide : les galactogogues, ces substances qui stimulent, ou sont censées stimuler, la production lactée.

Or, en tant que Consultante en Lactation IBCLC, je tiens à le réaffirmer : utiliser un galactagogue sans avoir identifié la cause première d’une production jugée insuffisante est une erreur majeure qui masque le problème au lieu de le résoudre.

1. La distinction cruciale : production vs. transfert

La première étape, et la plus fondamentale, est de différencier les problèmes de production (mère) des problèmes de transfert (bébé).

Dans la majorité des cas de faible prise de poids ou de seins qui semblent « vides », le souci ne réside pas dans la capacité du corps de la mère à produire du lait, mais plutôt dans l’inefficacité du bébé à retirer ce lait.

Si l’usine produit, mais que l’ouvrier ne décharge pas correctement, l’usine recevra le signal d’arrêter la production. Les galactogogues ne feront qu’augmenter la production sans résoudre le défaut de déchargement, menant à un engorgement ou à un résultat éphémère.

2. Le diagnostic IBCLC : Déchiffrer les mécanismes en cause

C’est là qu’intervient l’expertise d’une IBCLC. La consultation permet d’analyser de manière exhaustive les mécanismes pour trouver l’origine réelle de l’insuffisance :

A. Le Facteur Bébé (Le Transfert)

 

  • Évaluation de la succion et de la mécanique orale : Nous analysons la qualité de la prise du sein. Y a-t-il une restriction de la langue (frein lingual) ou de la lèvre qui empêche une succion efficace ? Une mauvaise mécanique est la cause n°1 d’une production en baisse.

  • Gestion du poids : Nous évaluons le transfert de lait réel via une pesée avant/après la tétée pour quantifier exactement ce que le bébé reçoit.

B. Le Facteur Mère (La Production)

 

  • Gestion du sein : La mère vide-t-elle le sein assez souvent ? Le tire-lait est-il adapté et bien utilisé ? La production est directement liée à la fréquence et à l’efficacité du drainage.

  • Historique médical : Nous explorons les facteurs hormonaux sous-jacents : SOPK, hypothyroïdie, antécédents de chirurgie mammaire, ou encore une hémorragie post-partum non traitée, qui peuvent réellement affecter la physiologie de la lactation.

3. Les Galactogogues : Quand et pourquoi ?

 

Les galactogogues ne sont pas une solution miracle, mais un outil pharmacologique qui doit être utilisé de manière ciblée et intentionnelle.

Ils ne sont véritablement indiqués que lorsque :

  1. Tous les problèmes mécaniques de transfert et de gestion ont été corrigés par des ajustements de la position, de la fréquence et de l’utilisation d’un tire-lait.

  2. Un facteur physiologique ou hormonal (hypoplasie mammaire, historique hormonal complexe) a été identifié et justifie un soutien pharmacologique en plus d’une stimulation maximale.

Recourir aux galactogogues sans diagnostic préalable peut entraîner des effets secondaires (pour la mère comme pour le bébé), un coût inutile et, surtout, la perte d’un temps précieux où la véritable cause aurait pu être traitée.

Face à ce défi et un diagnostic confirmé, parfois, l’utilisation de plantes galactogènes, reconnues pour stimuler la lactation, peut être une option naturelle intéressante.

Plantes pour stimuler la production et la qualité du lait

Fenugrec : Cette légumineuse est une des plus réputées pour son effet galactogène. Le fenugrec est consommé dans de nombreux pays pour augmenter la production de lait et en améliorer la qualité nutritive. Sa richesse en protéines, glucides, lipides et vitamines (C, A, B1, B3, B6) renforce le système immunitaire du bébé.

Ortie : Souvent négligée, l’ortie est un trésor nutritionnel. Plus riche en protéines que le soja, elle contient aussi huit acides aminés essentiels, du fer et des vitamines (C, K, B1, B2, B5, B9). L’ortie peut augmenter la production de lait tout en luttant contre la fatigue post-accouchement. On peut la consommer en tisane.

Chardon béni : Souvent associé au fenugrec, le chardon béni est très utilisé dans les compléments alimentaires pour l’allaitement. Il peut améliorer la quantité et la qualité du lait maternel.

Cumin : Bien que surtout connu pour son usage en cuisine, le cumin est aussi un stimulant efficace de la lactation. Riche en fer, magnésium, phosphore et bêta-carotène, il peut être intégré facilement dans vos plats ou consommé en infusion.

Galega (Rue de chèvre) : Utilisée depuis des siècles, notamment par les nourrices, cette plante est reconnue pour sa capacité à augmenter la production de lait maternel. Le galega contient des antioxydants et des nutriments qui peuvent améliorer la composition du lait.

Basilic : Cette herbe aromatique est conseillée pour favoriser les premières montées de lait. Riche en tanins et en minéraux, elle aide à renforcer le système immunitaire du bébé.

Ail : Cet aliment courant est un excellent galactogène qui peut stimuler la lactation. Il transmet ses bienfaits (prévention des maladies et infections) au bébé. Attention toutefois : il peut modifier le goût du lait, ce qui ne plaît pas à tous les nourrissons.

Anis : Recommandé par l’Organisation mondiale de la santé pour favoriser la lactation, l’anis est à consommer en tisane et avec modération. Il contient de l’anéthol, qui peut être toxique en forte dose pour le nourrisson.

Houblon : Surtout connu pour la fabrication de la bière, le houblon peut aussi stimuler la lactation grâce à son action sur les œstrogènes.

Maca du Pérou : Surnommé « ginseng péruvien », le maca est surtout connu pour ses bienfaits sur la fertilité et la libido, mais il est aussi considéré comme un excellent galactogène. Il aide la mère à se remettre de l’accouchement grâce à sa richesse en vitamines (C, E, D, B1, B2, B12), minéraux et nutriments qui sont ensuite transmis au bébé via le lait.

Les plantes à éviter pendant l’allaitement

Certaines plantes peuvent avoir l’effet inverse des galactogènes et réduire la production de lait. Il est préférable de les éviter durant l’allaitement, sauf si vous souhaitez réduire une surproduction. Il s’agit de :

– Sauge

– Menthe

– Aneth

– Persil

– Pervenche

Il est toujours recommandé de consulter un professionnel de la santé ou une consultante en lactation avant d’introduire de nouvelles plantes ou suppléments dans votre régime alimentaire

Aperçu des galactogogues en posologie 

Depuis des siècles, les femmes du monde entier se tournent vers diverses plantes pour augmenter leur production de lait maternel. Bien que peu d’études scientifiques rigoureuses existent sur ces galactogogues traditionnels, leur utilisation historique suggère qu’ils peuvent être à la fois efficaces et sans danger. Lorsque la production de lait est insuffisante, il est crucial de s’assurer que la mère se repose suffisamment, qu’elle s’alimente correctement et qu’elle gère son stress. Les plantes peuvent alors constituer une aide précieuse, en complément des tétées fréquentes.

Les galactogogues les plus courants incluent : le fenugrec, le galéga, le chardon-marie, l’anis, le basilic, le chardon béni et le fenouil.

Le Fenugrec (Trigonella foenum graecum)

Très prisé en Égypte, en Inde, en Grèce et à Rome, le fenugrec est traditionnellement utilisé pour favoriser la lactation. Une ancienne étude égyptienne de 1945 a même rapporté une augmentation de 900 % de la production de lait, bien que d’autres recherches soient limitées.

Son efficacité semble être dose-dépendante. Il est donc souvent nécessaire d’ajuster la quantité pour trouver le bon équilibre.

Posologie recommandée : 1 à 4 gélules de plante broyée, 3 à 4 fois par jour, soit un total de 3 à 4 g/jour de plante séchée. Les mères en cours de relactation peuvent nécessiter des doses plus élevées.

Alternative : Boire une tisane 3 fois par jour, préparée avec 1/4 de cuillère à café de graines infusées pendant 10 minutes dans 225 ml d’eau.

Effets secondaires : Le fenugrec peut donner une odeur de sirop d’érable à la sueur, au lait et à l’urine. À fortes doses, un léger effet laxatif a été rapporté chez certaines femmes. Les premiers effets sont généralement ressentis en 1 à 3 jours.

Autres galactogogues végétaux

Le Galéga (Galega officinalis) : Connu depuis la Renaissance, il est un galactogogue traditionnel en Europe. Il contient des saponines et un alcaloïde (la galégine) aux effets hypoglycémiants et hypolipidémiants. Il est habituellement utilisé sous forme de tisane.

Posologie : Une cuillère à café de feuilles séchées infusées pendant 10 minutes dans 225 ml d’eau, à prendre 3 fois par jour.

Mise en garde : Un cas de somnolence et d’hypotonie a été rapporté chez deux nourrissons dont la mère consommait une tisane contenant du galéga, de la réglisse, du fenouil et de l’anis.

L’Anis vert et étoilé (Pimpinella anisum et Illicium verum) : Ces plantes sont réputées pour leurs propriétés galactogogues et pour donner un goût agréable au lait. Elles sont également conseillées pour soulager les coliques du bébé.

Le Chardon-marie (Silybum marianum) : Utilisé en Europe depuis longtemps, le chardon-marie doit son nom à la Vierge Marie, dont les nervures blanches de la feuille rappelleraient les gouttes de lait.

Posologie : Une cuillère à café de graines écrasées infusées pendant 10 minutes dans 225 ml d’eau, à boire 2 à 3 fois par jour.

La Bière : L’effet du malt

Traditionnellement reconnue pour ses vertus, l’effet galactogène de la bière n’est pas lié à l’alcool, qui peut au contraire affecter le réflexe d’éjection du lait. Des études ont montré que ce sont les bêta-glucanes, présents en grande quantité dans le malt d’orge, qui stimulent l’hypophyse et augmentent la production de prolactine.

Recommandation : Pour bénéficier de cet effet, il est conseillé de consommer plusieurs centaines de ml de bière sans alcool riche en malt, plusieurs fois par jour.

Alternative : La consommation de produits comme le Tonimalt®️ ou l’Ovomaltine®️, riches en bêta-glucanes, peut aussi être bénéfique.

Les spécialités homéopathiques 

Les plus souvent recommandés sont Lac caninum (5 CH), Galega officinalis (TM), Ricinus (4 ou 5 CH), Calcarea carbonica (5CH). Une consultation avec un spécialiste sera nécessaire pour trouver le traitement le plus adapté à la mère.

Mise en garde sur le Fenouil et l’estragole

L’Agence européenne des médicaments (EMA) a publié une déclaration en date du 12 mai 2023, alertant sur la présence d’estragole, un composé potentiellement cancérigène, dans certaines plantes médicinales. Le fenouil est particulièrement concerné.

L’EMA met en garde contre la consommation de produits contenant de l’estragole, car il est très difficile de contrôler la dose quotidienne absorbée. En conséquence, l’agence déconseille fortement les infusions de fenouil pour les populations suivantes :

– Femmes enceintes et allaitantes

– Nourrissons et enfants de moins de 4 ans

La dose journalière d’estragole ne devrait pas dépasser 0,05 mg par personne. Étant donné l’impossibilité de garantir cette limite via des infusions maison, il est plus sûr d’éviter complètement ces produits.

Cette information est cruciale pour garantir la sécurité des mères et des enfants pendant la période d’allaitement. Je vous encourage à privilégier d’autres méthodes pour soutenir la lactation et à toujours consulter un professionnel de santé avant de consommer des plantes médicinales.

 

Priorité à la connaissance

Avant d’ingérer toute substance pour augmenter votre production, je vous exhorte à consulter. Le diagnostic précis posé par une Consultante IBCLC est l’étape la plus rapide, efficace et sécuritaire pour comprendre ce qui entrave votre allaitement.

Investissez dans la connaissance du mécanisme : c’est le meilleur moyen de redémarrer votre lactation sur des bases solides et de vivre un allaitement serein.

Pour aller plus loin :

https://www.lllfrance.org/vous-informer/fonds-documentaire/dossiers-de-l-allaitement/1488-da-66-les-galactologues#:~:text=Les%2520plantes%2520les%2520plus%2520couramment,sur%2520le%2520r%C3%A9flexe%2520d’%C3%A9jection

 

Rédactrice : 

Céline BOURGANEUF
Consultante en lactation IBCLC
Accompagnante BN, Approche Colson
celinebourganeuf.com